Notes sur le projet...
Sur le plan musical, " SEND AND RETURN"
constitue une exploration systématique des principaux
effets électroniques permettant de modifier les sons
et leurs caractéristiques ( timbre, hauteur, intensité,
durée, placement dans l’espace et dans le temps…)
Chaque étude porte sur un effet spécifique dont
les possibilités sont explorées à travers
la pièce ; les caractéristiques de l’effet,
sa " couleur générale ", les possibilités
techniques qui en découlent servant de cadre de travail
pour la composition.
" Etude sur le detune
" :
De facture relativement simple et classique, l’étude
repose sur un effet ayant pour centre un effet de detune,
combiné avec un léger filtrage et de la réverbération.
L’ensemble donne un son aérien, un peu irréel,
donnant l’envie aux musiciens de jouer de façon
lascive en se laissant porter par l’effet.
Après une courte introduction, l’effet est introduit
sur un trait ascendant joué par la flûte, ouvrant
l’espace et faisant " décoller " le
son.
" Etude sur les délais
" (conception électronique, Jean-Marc Sullon)
:
Construite sur un schéma classique (trois mouvements
: vif, lent, vif), elle explore les multiples possibilités
des délais qui, comme leur nom l’indique, permettent
de reproduire un élément sonore avec un certain
" délai " dont on peut fixer la durée.
Le premier mouvement est précédé d’une
introduction impartie aux percussions à peaux qui doivent
transiter par différents délais. La ré
injection de l’effet dans lui-même permet au percussionniste
de construire des boucles en y incorporant progressivement
différents éléments : il peut alors rejouer
en s’appuyant sur celles-ci. Après un bref tuilage
par le piano, le premier mouvement débute par des boucles
rentrées " à la volée " par
le pianiste. Chaque instrument se voit appliquer un délai
différent en rapport avec la métrique générale,
ce qui donne au tout une allure de " canon multiple ".
L’ensemble se résout sur un motif résolument
tonal qui subit un triple effet de déphasage.
Pendant le mouvement lent, des tenues de vents sont entrées
dans différents délais qui tournent en boucles
et qui, en s’ouvrant successivement un peu plus tard,
donnent naissance à des accords. Un des technicien-modulateurs
modifie ensuite la vitesse de lecture des délais, d’où
un effet de distorsion. Un passage de piano à son tour
capturé est relu mais dans un délai beaucoup
plus court que la phrase (d’où un effet aléatoire
de superposition de différentes strates temporelles)
et subira le même sort. Le mouvement se termine par
des pitch-delais qui donnent des cascades de notes descendantes.
Le dernier mouvement est un genre de " concertino pour
orchestre ". Des gerbes de délais appliqués
aux claviers créent des polyrytmies complexes. Après
une courte cadence au synthétiseur, la coda finale
conclut la pièce de façon tonique en réutilisant
des matériaux du 1ier et du dernier mouvement.
" Etude sur le sampling
et la synthèse granulaire " (granulation, Giorgio
Klauer,sampling,Ph.Libois) :
Dix courtes séquences jouées par l’orchestre
sont successivement rejouées par l’ordinateur
qui les explore à l’aide de deux procédés.
Le sampling permet de ré agencer les matériaux
en leur faisant subir différentes modifications (modification
de la durée, de la hauteur, lecture inversée…).
La synthèse granulaire permet quant à elle de
disséquer littéralement la séquence en
détachant des particules de son allant de 1 à
500 millisecondes qui peuvent également subir des altérations
(enveloppe, pitch, spatialisation…) et être prélevées
de façon très précise ou relativement
aléatoire.
L’effet recherché est une exploration systématique
du son visant à une économie de matériaux.
La forme globale est celle d’une grande arche brisée
par un silence.
" Etude sur le modulateur
en anneau, le filtrage, freeze et leslie " (conception
électronique, Patrick Delges) :
Avant tout conceptuelle, elle repose sur l’opposition
de deux univers sonores diamétralement opposés
au départ.
D’une part, le piano, appuyé par les percussions
métalliques ou le Fender Rhodes, et distordu par la
modulation en anneau qui le fait sonner comme un énorme
gamelan. D’autre part, l’orchestre jouant au-dessus
de " freezes " figeant des micros-intervalles de
temps, modulés par des filtres évolutifs et
leslies. Opposition entre des matériaux à la
texture abrupte et d’autres à la texture lisse.
Progressivement et inexorablement, l’élément
fluide s’impose au premier qu’il finit par intégrer.
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