| Ménage Artois
La combinaison du piano et de l’orgue a rarement été
entendue en jazz, hormis dans le désormais légendaire
duo formé par Michel Petrucciani avec Eddy Louiss. Les sonorités
de ces deux instruments se complètent merveilleusement et
la présence d’un percussionniste ouvre un nouvel espace
créatif à l’improvisation des musiciens.
L’idée d’associer son orgue Hammond au piano
acoustique de Charles Loos est de Paul Flush, brillant pianiste
et claviériste anglais. Après une carrière
de pianiste de jazz dans son pays, Paul Flush revient à l’orgue
Hammond qui devient son instrument de prédilection. Il rencontre
alors Johan Vandendriessche avec lequel il fondera, aux côtés
de Frank Michiels le trio “The Demagog Reacts !” (2
CDs, dont un double, parus à ce jour) Depuis lors installé
en Belgique, Paul Flush a également collaboré notablement
au CD de Marc Moulin pour le label Blue Note ”Top Secret”.
C’est à la suite d’une rencontre avec le pianiste
Charles Loos et le batteur-percussionniste Luc Vanden Bosch que
les trois musiciens ont décidé de se retrouver pour
le plaisir d’expérimenter une formule musicale qui
paraissait jusqu’alors inexploitée. Le résultat
de cette session et l’incroyable étendue des possibilités
qui s’offraient à la créativité du trio
les a immédiatement convaincus de poursuivre cette collaboration
qui a abouti au cd et à de nombreux concerts.
Au-delà du défi, d’ailleurs joyeusement relevé,
que représente le fait de mettre en présence deux
instruments aussi complets que l’orgue et le piano, on est
frappé par le style tout-à-fait original et même
audacieux de ce trio, par la fraîcheur et parfois l’humour
des interprétations et par l’énergie qui s’en
dégage. Il suffit d’écouter le premier morceau
du cd, Besame Mucho, pour s’en convaincre. Tout le monde qui
ne peut pas s’attaquer au boléro le plus connu de la
planète pour en faire près de 7 minutes de musique
où l’auditeur rebondit de surprises en surprises, provoquées
par le traitement de l’accompagnement, les changement de registration
de l’orgue, les sonorités des percussions ou la grande
maîtrise de la dynamique (du pianissimo au hammondissimo!).
Le ton est donné et les morceaux qui suivent (neufs compositions
originales et une reprise) continuent à pétiller d’invention
et d’imagination et à brouiller les pistes des styles
et des étiquettes.
La limite entre l’improvisation et l’écriture
n’est pas toujours aisément discernable, tant l’interaction
est vive entre ces trois virtuoses qui ne semblent pas chercher
autre chose que le plaisir de jouer : jouer la musique bien sur,
mais aussi jouer ensemble et jouer à se surprendre et finalement
jouer le rôle de l’artiste qui est d’emmener le
public dans une autre réalité.
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